Mariage à l'indienne

Publié le par Stève Turin

Selon les statistiques, 95 % des mariages indiens sont arrangés. Mais il parait que c'est en train de changer.

L'autre jour dans le train, j'ai rencontré un indien qui m'a parlé de ses enfants. Lorsque je lui ai demandé si sa fille avait fait un mariage d'amour ou arrangé. Il m'a répondu, comme soulagé : « Oh non, arrangé, l'amour vient après le mariage ».

Dans les journaux papier, des annonces matrimoniales. Sur les sites internet, avec beaucoup de détails, des profils de personnes recherchant l'âme soeur.

 

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tiré de vivaah.com
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Un autre jour, j'ai rencontré Alpadevi, d'origine indienne, mais qui maintenant vit à Londres. Elle a tenté de m'expliquer un peu...

L'Inde est encore très régie par les castes et les sous-castes. Par exemple celle de Alpadevi, c'est les agriculteurs. Les parents ont voulu la marier à quelqu'un appartenant à cette sous-caste. Le dialecte est le même. La façon de faire la cuisine aussi, notamment l'utilisation des épices. Se marier dans une même caste, c'est comme un peu rester dans la même famille... Les parents pensent que leur fille (c'est elle qui ira chez ses beaux-parents) sera d'autant plus heureuse dans un milieu qui lui sera tout de suite familier. En plus, épouser quelqu'un d'une même sous-caste peut être intéressant en terme d'alliance financière.

Alors, les parents lui ont proposé des personnes correspondant à cette sous-caste, un peu comme sur Tinder, me dit-elle. Et Alpadevi de leur répondre : « non, pas celui-là, pas celui-ci non plus,... ». Oui, de plus en plus souvent, la fille peut refuser tel ou tel prétendant présenté par sa famille jusqu'au jour où ... elle sera satisfaite du choix proposé par ses parents.

Alpadevi, elle, a tout refusé ses futurs. Elle a choisi un espagnol, un mariage d'amour. Mais elle vit à Londres !

Cela ne se passe pas toujours aussi bien en Inde. Régulièrement les médias relatent un nombre important de violence et de viol à l'intérieur des mariages « arrangés/forcés », viol que la loi indienne refuse de punir, elle parle de devoir conjugal.

L'autre jour, j'ai passé une soirée avec quatre indiens. Barbecue dans un garage. Ils avaient entre 25 et 40 ans. Tous des hommes. Deux étaient mariés. Quand je leur ai demandé la raison de la non présence féminine, ils ont paru étonnés: « Oh non, elles préfèrent rester dans leur famille ».

Ah bon!

Pour Djuned, le plus jeune, il est inconcevable que sa femme ait des relations sexuelles avant le mariage. Il m'a quand même avoué qu'il avait eu une aventure avec une française de passage... Quand je lui ai dit que, en Europe, souvent, les couples vivaient quelque temps ensemble avant d'avoir des enfants. Il m'a dit qu'en Inde, il est possible d'avoir des relations avant le mariage mais il ne faut pas que cela se sache. Caché. C'est la discrétion qui est le plus important. La société, l'entourage pèsent de tout leur poids.

Un autre jour, j'ai partagé le tuk tuk avec un couple qui passait une semaine de vacances au Rajasthan avant de revenir sur Bombay. Ils m'ont dit qu'ils n'étaient pas mariés mais qu'ils allaient bientôt le faire, que leurs parents étaient d'accord avec le fait qu'ils partent les deux en vacances avant leur mariage.

Quant au mariage, c'est trois jours de fêtes. Très bruyant, feux d'artifice, beaucoup de monde invité. Ça reste le jour de plus important de leur vie.

Pour le meilleur ou pour le pire.

 

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R
Les castes, malgré leur abolition officielle, ont encore une importance incroyable. On le voit dans tes photos: dans la description, la caste est bien présente, au même titre que l'âge ou la profession. Je l'ai vécu aussi au Népal ou l'une des collègues de Bhavishya (l'ONG avec laquelle j'ai voyagé) a épousé un médecin d'une caste supérieure à la sienne. Sa belle-famille n'a aucune relation avec elle. Ce ne sont pas seulement les personnes peu éduquées mais également toutes les strates de la société qui vivent cette réalité.
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